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02 février 2007
Réflexions suite à la soirée du 26 janvier...
Caféministe du vendredi 26 janvier
Thème proposé : pourquoi taisons-nous nos servitudes ?
Une première étape a consisté dans un débat préalable sur la notion de "genre" ; échanges assez longs à démarrer mais qui ont à un moment réussi à être assez riches, chacun ayant une envie d’écouter celle ou celui qui avait une envie de parler.
Il me semble que de ces échanges, on peut retenir :
1 - Un rappel tout à fait général mais indispensable pour faire la différence entre le sexe biologique et le sexe social, ce dernier étant le "genre". Le genre, c’est le "sexe social".
2 - Mais dans le "genre" il n’y a pas que cela. Sinon, un certain usage du droit à la différence permettrait de faire revenir sous la forme du "sexe social" ce qui aurait été pseudo-évacué dans le "sexe biologique".
Le "genre" n’est pas seulement le résultat de la socialisation d’une différence biologique ; le "genre" n’est pas seulement la traduction "culturelle" d’une différence "naturelle" : sinon, le "genre" serait « acquis » alors que le sexe serait "inné". Il n’y a pas seulement acquisition d’une différence car cette différence n’est pas du tout symétrique, car cette différence est une domination. Par le "genre" ne s’acquiert pas seulement une socialisation d’une différence, mais s’acquiert aussi la socialisation d’une domination : la domination d’un sexe sur l’autre.
Si le "genre" n’était qu’une "différence" alors il n’y aurait entre hommes et femmes qu’une "complémentarité" : or comme l’écrit très bien Erving Goffman dans L’arrangement de sexes : "le problème est que pour les femmes cette complémentarité signifie aussi une vulnérabilité, et au sentiment de certaines, une oppression" (p.107). Et comme il le remarque quelques pages plus loin : "dans la société moderne, et sauf en prison, les hommes qui refusent l’accès sexuel ne sont pas vraiment menacés de violence sexuelle ni de blessures physiques ; les femmes le sont" (p.112).
Ajoutons encore que cette socialisation d’une différence qui est la socialisation d’une domination est en même temps la socialisation d’une mystification – c’est par là que l’on se rapprochait du thème de la soirée – puisque cette domination qui n’est que sociale tend à se faire passer pour "naturelle" : la "norme" tend à faire passer comme "normal" au sens de "naturel", ce qui en fait est "normal" au sens de "normalisé" et "normatif". Le "genre" tend à se présenter comme "sexe" ; le "sexe" cache le "genre". Le "sexe" est un « cache-genre ».
On peut regretter que nous n’ayons pas eu le courage et le temps d’aller plus loin pour en arriver au cœur du thème posé : l’acceptation par les genres des servitudes de genre.
Je me permets de suggérer que, dans cette suite de la discussion, deux types d’étude auraient pu être fort utiles :
– celle qui, bien longtemps après le Discours sur la servitude volontaire de La Boétie, permet de réfléchir à la "soumission volontaire" : en particulier le Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens de Beauvois et Joule qui s’appuie sur la théorie de la "dissonance cognitive" : quand on ne peut mettre ces actes en conformité avec ses principes (= quand il y a "dissonance") alors, quand on constate que l’on vient d’agir en contradiction avec ses principes, plutôt que de se donner tort, chacun préfère renier ses principes ("il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis", dit-on dans ce cas) et accorder ses principes avec ses actes.
Et ainsi de petits compromis en petites compromissions, chacun se met non seulement à accepter ses servitudes mais à les justifier, non seulement à ne plus les cacher mais à les revendiquer.
– Les travaux de Robert Axelrod qui étudie le "dilemme du prisonnier" quand il est réitéré. Comment se comporter dans une situation de servitude qui n’est pas exceptionnelle mais ordinaire, répétée.
Débats à poursuivre.
Michel Lepesant
17:34 Publié dans Soirées Passées... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


